NET MERGITUR (extrait du roman)

Article écrit le 29 novembre 2007 par Thierry BRAYER
29 11 2007

NET MERGITUR



Le fantasme du Ponts des Arts

Article écrit le 24 novembre 2007 par Thierry BRAYER
24 11 2007

Le pont désire, le pont des airs, le pont des arts. Rien n’est désordre : tout est art quand il est tard, sur le pont jamais désert des arts…

L’Auxerrois de Saint-Germain carillonne pour accueillir la nuit qui se lève faire l’amour au jour qui se couche un peu trop facilement comme une putain, et personne, sur le pont des arts, ne s’étonne de son chant presque faux, presque vrai, devant le Louvre, les pieds dans l’eau, en cette saison parfumée au cartable neuf.

Décidément, ce lieu se cache à ceux qui sont sourds de sentiments et aveugles de désirs. Mais vous, vous êtes celle qui a su s’arrêter avant que les flots ne débordent. Votre visage respire ce doux hale humide alors que les chiens fréquentent les loups, que l’on ne sait plus la couleur des cheveux d’Euterpe et que la rosée se dépose pour la seconde fois sur la main courante du pont des arts. Des violons aux cordes lisses exécutent généreusement le temps qui finit par abdiquer.

Il était temps.

Je vous regarde, quelle insolence ! Mon désir jadis mécanique devient trouble d’émerveillement. Vous voici la Mignonne de mes fantasmes ! J’écris cette minute comme un original. Je jette les bucoliques pour ne garder que vous. Me pardonnerez-vous mon impudence ? Je me transforme en l’avatar de votre choix pour être votre Celui comme je vous veux ma Fabuleuse. Ce soir ne saurait être fluide et caduque.

Puisque vous êtes, alors, laissez-moi être …

Comme l’animal qui vient gagner parce que son appétit est fort, je suis au repos de vos mouvements. Paris est floue autour de vous et tout ce concentre sur ma gourmandise. Au loin, la Tour fait un clin d’œil. Est-ce un signe que vous seule comprenez ?

Il y a mille mondes ce soir, et je ne vois que vous, ici et là, près de moi, ici et là mais pas ailleurs, parmi la foule qui vous rend seule, seule à moi, seule dans mes délires enfantins tout contre votre allure badine.

Il y a mille mondes ce soir : là, un homme qui se grenouille avec une autre cloche, un autre qui se pleure, une bande qui s’époumone, un peintre qui modiglianise une femme presque homme, et ici, un baladin à peine médiocre et un accordéoniste qui stéréotype le lieu aux touristes, c’est si facile et si vil.

Puis, soudain, il ne se passe rien.

Où sont passés les voitures et les bruits qu’elles génèrent ? Où sont les pigeons voyageant toujours trop près ? Où sont les badauds mouches ? Où sont nos envies de crier la Vérité qui se fait attendre ? Où sommes-nous ?

Sur le pont des arts …

Et sur le pont des arts, l’on attend que la vie passe sur les planches que Deauville nous envie. Pourquoi bouger ? Pourquoi s’exciter le corps pour une fuite inexorable et invisible vers un futur qui est peut-être déjà derrière ? Pourquoi ne pas attendre bêtement, même pour une heure seulement ? Pourquoi ne pas s’arrêter de souffler pour juste respirer ?

Un téléphone sonne. Cette nouvelle musique semble naître d’un funeste nuage gris. Pourquoi répondre ? Vos yeux se vident de leur regard sur moi pour se poser dans un vide impraticable. Vous n’êtes plus là. Vous voguez sur des ondes vagues de certitudes et de plaisirs économes. Je vous ferais bien un appel à mon tour mais votre numéro n’est que de charme.

Il y a mille mondes ce soir moins un. Un autre a su vous capter et déjà, vous vous évaporez. Vous me voyez tout à coup mais ne me regardez pas. Vous diminuez alors que vos pas fusent alentour.

Vous étiez un songe, vous voilà une ombre…

Vous étiez mon prochain souvenir, vous êtes déjà mon regret…

Vous étiez mon jour, je n’ai su vous convaincre – l’ai-je finalement désiré ? – et mes pensées naïves et candides ont tardé à vous nourrir. Je me suis tant outré de mes rêves que je ne sais plus marcher et que je sens poindre là une faiblesse que je veux pourtant force.

Réussirai-je ?

Vous serez ma nuit et mon héroïne de fiction. Vous m’appartenez à jamais dans ce monde où je règle les notes les plus fragiles au quart de ton près. Je suis votre définitif repère pour une éternelle randonnée. Je régente mais c’est normal : je suis le maître de mes fantasmes.

Et peu m’importe alors de vous voir revenir ou pas sur le pont des arts, je vous fais déjà vivre et respirer en moi depuis si longtemps…

Vous savez ?