Un rien, une chose …

Article écrit le 21 décembre 2010 par Thierry BRAYER
21 12 2010


Un rien, une chose, Elle !

Est-ce le moment de se taire quand tout le monde se terre ? Ne rien dire et défaire en un rien de temps  ce que l’on a mis tant de temps à devenir autre chose qu’un rien, qu’une chose, qu’une simple idée qu’on a appelée la vie ? Heureusement, cette femme photo-génie me provoque, m’incite, m’acère, me supplie de me détaire pour mieux me faire entendre ce rien, cette chose, qui gronde en moi, en nous, en vous, en Terre. Et son chandail croisé de ces riens laisse passer son tout, vers elle, vers moi, je préfère qu’il n’y ait plus vous. Pourquoi ? je n’en sais rien, je n’en sais chose. Et dans ces choses, je me dis qu’il faut verbaliser, grammatiser, orthographier et organiser ce fatras de riens en une phrasitude de choses. Que me dit-elle dans ses non-dits, que m’apprend-elle dans ses non-appris ? Que me veut-elle dans ses oui-voulus ? M’entrainer vers le son d’un battement d’œil, de ventricule  et d’imagos. Taisez-vous, dit-elle, pour mieux parler et Chut ! pour mieux tomber… Alors je tombe – c’est mon rôle – vers un vide empli de rien et je crie. Pas d’air ? Plus d’air ? Plus de sons … Si l’anse que forme son bras m’appelle à me servir, c’est à moi de franchir le seuil d’une porte sans porte. S’emporte, m’emporte ? J’aimerai, tu aimerais, tu aimeras, mais mes mots ne sont pas émaux ni bijoux pour ce voyage qu’elle mérite. Tais-toi, me dit-elle, à présent, me tutoyant, me bousculant, me prévenant que demain ne sera pas un autre jour parce que demain peut ne plus exister, même pas demain, mais juste pour hier. Et encore ?

Et je me questionne : que veut-elle me faire taire ? Ma lâcheté d’Homme-humus ? Elle a raison. Je cherche des mots, mes mots, ceux que j’avais avant. Où sont-ils ? Comment sont-ils ? Pourquoi sont-ils ? Chut ! dit-elle, cela me laisse du temps pour trouver le temps qui me cherche depuis le début des temps. Et l’étang de son corps s’attarde sur mes pupilles, persiste rétiniennement et je la vois nue avant qu’elle ne soit nue. Un cadeau avant le cadeau, Noël avant Noël, l’après avant l’avent, la tempête avant le vent, la vie d’avant avant la mort d’après ? Et puis après ? Plus rien…

Le souffle de sa voix essouffle ma voie. Où puis-je aller, au pire aller, au mieux aller, pour m’approcher sans l’affoler, elle qui me silence forcé. Pourtant je ne parle pas puisque j’écris ? Sera-t-elle heureuse de voir enfin mon obéissance s’agenouiller devant le doigt de sa raison sur les lèvres de ma déraison. Va savoir, toi qui partage ce moment avec moi, devant une photo dont les reliefs sous sa cotte se dessine en 3D. Ses lèvres, ses seins, ses doigts ? Et je dois me taire et m’orgasmer sans bruit ? Quelle injustice ! Comment tu fais, toi ? car moi je n’y arrive pas. Me dit-elle de ne pas venir ? Me dit-elle de venir ? Me dit-elle ce qu’elle me dit ou ce qu’elle ne me dit pas ?

Mère de Dieu, et fille de la musique, ce trait d’union qui t’éponyme m’encourage à respecter ce que tu es. Tu chantes en ultra son, je connais cet air, celui des sirènes qui attirent le marin pour mieux le dévorer. Pire, toi, tu le feras en silence ! Entendu ! Ainsi soit elle !

Mais chut, redit-elle ! Trop tard, j’en dis déjà trop alors que je sais toujours pas ce que je ne dois pas dire. Ah ! Si, ca y est : je sais …

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Thierry BRAYER
Photo de l’album : Pantin & Calendrier de Gérard Leyne
Modèle : Marie-Cécile Gueguen

Autres sites de Marie-Cécile :
http://www.casting.fr/mariececilegueguen
http://www.myspace.com/mariececile22
http://lesilencedunepage.net


Extrait de

Le Rêve de Guillaume

Nouvelles – 152 pages – 14×21 – 10 €
frais d’envoi : 1€
ISBN : 978 2 9529274 0 6




Le fantasme du Ponts des Arts

Article écrit le 24 novembre 2007 par Thierry BRAYER
24 11 2007

Le pont désire, le pont des airs, le pont des arts. Rien n’est désordre : tout est art quand il est tard, sur le pont jamais désert des arts…

L’Auxerrois de Saint-Germain carillonne pour accueillir la nuit qui se lève faire l’amour au jour qui se couche un peu trop facilement comme une putain, et personne, sur le pont des arts, ne s’étonne de son chant presque faux, presque vrai, devant le Louvre, les pieds dans l’eau, en cette saison parfumée au cartable neuf.

Décidément, ce lieu se cache à ceux qui sont sourds de sentiments et aveugles de désirs. Mais vous, vous êtes celle qui a su s’arrêter avant que les flots ne débordent. Votre visage respire ce doux hale humide alors que les chiens fréquentent les loups, que l’on ne sait plus la couleur des cheveux d’Euterpe et que la rosée se dépose pour la seconde fois sur la main courante du pont des arts. Des violons aux cordes lisses exécutent généreusement le temps qui finit par abdiquer.

Il était temps.

Je vous regarde, quelle insolence ! Mon désir jadis mécanique devient trouble d’émerveillement. Vous voici la Mignonne de mes fantasmes ! J’écris cette minute comme un original. Je jette les bucoliques pour ne garder que vous. Me pardonnerez-vous mon impudence ? Je me transforme en l’avatar de votre choix pour être votre Celui comme je vous veux ma Fabuleuse. Ce soir ne saurait être fluide et caduque.

Puisque vous êtes, alors, laissez-moi être …

Comme l’animal qui vient gagner parce que son appétit est fort, je suis au repos de vos mouvements. Paris est floue autour de vous et tout ce concentre sur ma gourmandise. Au loin, la Tour fait un clin d’œil. Est-ce un signe que vous seule comprenez ?

Il y a mille mondes ce soir, et je ne vois que vous, ici et là, près de moi, ici et là mais pas ailleurs, parmi la foule qui vous rend seule, seule à moi, seule dans mes délires enfantins tout contre votre allure badine.

Il y a mille mondes ce soir : là, un homme qui se grenouille avec une autre cloche, un autre qui se pleure, une bande qui s’époumone, un peintre qui modiglianise une femme presque homme, et ici, un baladin à peine médiocre et un accordéoniste qui stéréotype le lieu aux touristes, c’est si facile et si vil.

Puis, soudain, il ne se passe rien.

Où sont passés les voitures et les bruits qu’elles génèrent ? Où sont les pigeons voyageant toujours trop près ? Où sont les badauds mouches ? Où sont nos envies de crier la Vérité qui se fait attendre ? Où sommes-nous ?

Sur le pont des arts …

Et sur le pont des arts, l’on attend que la vie passe sur les planches que Deauville nous envie. Pourquoi bouger ? Pourquoi s’exciter le corps pour une fuite inexorable et invisible vers un futur qui est peut-être déjà derrière ? Pourquoi ne pas attendre bêtement, même pour une heure seulement ? Pourquoi ne pas s’arrêter de souffler pour juste respirer ?

Un téléphone sonne. Cette nouvelle musique semble naître d’un funeste nuage gris. Pourquoi répondre ? Vos yeux se vident de leur regard sur moi pour se poser dans un vide impraticable. Vous n’êtes plus là. Vous voguez sur des ondes vagues de certitudes et de plaisirs économes. Je vous ferais bien un appel à mon tour mais votre numéro n’est que de charme.

Il y a mille mondes ce soir moins un. Un autre a su vous capter et déjà, vous vous évaporez. Vous me voyez tout à coup mais ne me regardez pas. Vous diminuez alors que vos pas fusent alentour.

Vous étiez un songe, vous voilà une ombre…

Vous étiez mon prochain souvenir, vous êtes déjà mon regret…

Vous étiez mon jour, je n’ai su vous convaincre – l’ai-je finalement désiré ? – et mes pensées naïves et candides ont tardé à vous nourrir. Je me suis tant outré de mes rêves que je ne sais plus marcher et que je sens poindre là une faiblesse que je veux pourtant force.

Réussirai-je ?

Vous serez ma nuit et mon héroïne de fiction. Vous m’appartenez à jamais dans ce monde où je règle les notes les plus fragiles au quart de ton près. Je suis votre définitif repère pour une éternelle randonnée. Je régente mais c’est normal : je suis le maître de mes fantasmes.

Et peu m’importe alors de vous voir revenir ou pas sur le pont des arts, je vous fais déjà vivre et respirer en moi depuis si longtemps…

Vous savez ?