Dr. Paul-Robert THOMAS & BREL

Article écrit le 3 janvier 2011 par Thierry BRAYER
3 01 2011

http://livre.fnac.com/a1152299/Paul-Robert-Thomas-Jacques-Brel

Dr. Paul-Robert THOMAS
« BREL, j’attends la nuit »
(1945-2008)



Z A N G U I E F

Article écrit le 24 décembre 2010 par Thierry BRAYER
24 12 2010

 Dites-moi
si vous savez ce qu’est un
SDF ?

Trois lettres pour une vie, trois lettres seulement

je vous en raconte une, celle de Zanguief

Trois minutes pour une vie, si vous avez le temps…

 

Zanguief, on le dit Sale Dangereux et Fou

Dans le regard des gens, une Sensation De Flou

Ses rêves ? Rien que des Souvenirs De Foyers

Sa liberté ? Sa seule Source De Fierté

 

Aucune Solidarité De sa Famille

Parait même qu’il a perdu Ses Deux Filles

Quelqu’un vous a dit qu’il Souffrait De Folie ?

Mais c’est chaud-glacé de Survivre Dans des Faux
lits

 

Être SDF

C’est pas encore la fin du monde

Mais pour Zanguief

C’est déjà le début d’un autre

 

Toute sa vie, il Supporte Des Fardeaux

L’amour, l’amitié lui font Souvent Des Faux

Il est – on s’en doute – Sans Demoiselle Fixe

Pas de télé pour Se mater Des Films X

 

Dehors dedans c’est un Sentiment De Frisson

D’abandon, un Sentiment De toucher le Fond

Zanguief galère dans le Sud De la France

mais ça serait pareil aux States, à Dubaï, à Florence

 

Être SDF

C’est pas encore la fin du monde

Mais pour Zanguief

C’est déjà le début d’un autre

Tous droits SACEM




Un rien, une chose …

Article écrit le 21 décembre 2010 par Thierry BRAYER
21 12 2010


Un rien, une chose, Elle !

Est-ce le moment de se taire quand tout le monde se terre ? Ne rien dire et défaire en un rien de temps  ce que l’on a mis tant de temps à devenir autre chose qu’un rien, qu’une chose, qu’une simple idée qu’on a appelée la vie ? Heureusement, cette femme photo-génie me provoque, m’incite, m’acère, me supplie de me détaire pour mieux me faire entendre ce rien, cette chose, qui gronde en moi, en nous, en vous, en Terre. Et son chandail croisé de ces riens laisse passer son tout, vers elle, vers moi, je préfère qu’il n’y ait plus vous. Pourquoi ? je n’en sais rien, je n’en sais chose. Et dans ces choses, je me dis qu’il faut verbaliser, grammatiser, orthographier et organiser ce fatras de riens en une phrasitude de choses. Que me dit-elle dans ses non-dits, que m’apprend-elle dans ses non-appris ? Que me veut-elle dans ses oui-voulus ? M’entrainer vers le son d’un battement d’œil, de ventricule  et d’imagos. Taisez-vous, dit-elle, pour mieux parler et Chut ! pour mieux tomber… Alors je tombe – c’est mon rôle – vers un vide empli de rien et je crie. Pas d’air ? Plus d’air ? Plus de sons … Si l’anse que forme son bras m’appelle à me servir, c’est à moi de franchir le seuil d’une porte sans porte. S’emporte, m’emporte ? J’aimerai, tu aimerais, tu aimeras, mais mes mots ne sont pas émaux ni bijoux pour ce voyage qu’elle mérite. Tais-toi, me dit-elle, à présent, me tutoyant, me bousculant, me prévenant que demain ne sera pas un autre jour parce que demain peut ne plus exister, même pas demain, mais juste pour hier. Et encore ?

Et je me questionne : que veut-elle me faire taire ? Ma lâcheté d’Homme-humus ? Elle a raison. Je cherche des mots, mes mots, ceux que j’avais avant. Où sont-ils ? Comment sont-ils ? Pourquoi sont-ils ? Chut ! dit-elle, cela me laisse du temps pour trouver le temps qui me cherche depuis le début des temps. Et l’étang de son corps s’attarde sur mes pupilles, persiste rétiniennement et je la vois nue avant qu’elle ne soit nue. Un cadeau avant le cadeau, Noël avant Noël, l’après avant l’avent, la tempête avant le vent, la vie d’avant avant la mort d’après ? Et puis après ? Plus rien…

Le souffle de sa voix essouffle ma voie. Où puis-je aller, au pire aller, au mieux aller, pour m’approcher sans l’affoler, elle qui me silence forcé. Pourtant je ne parle pas puisque j’écris ? Sera-t-elle heureuse de voir enfin mon obéissance s’agenouiller devant le doigt de sa raison sur les lèvres de ma déraison. Va savoir, toi qui partage ce moment avec moi, devant une photo dont les reliefs sous sa cotte se dessine en 3D. Ses lèvres, ses seins, ses doigts ? Et je dois me taire et m’orgasmer sans bruit ? Quelle injustice ! Comment tu fais, toi ? car moi je n’y arrive pas. Me dit-elle de ne pas venir ? Me dit-elle de venir ? Me dit-elle ce qu’elle me dit ou ce qu’elle ne me dit pas ?

Mère de Dieu, et fille de la musique, ce trait d’union qui t’éponyme m’encourage à respecter ce que tu es. Tu chantes en ultra son, je connais cet air, celui des sirènes qui attirent le marin pour mieux le dévorer. Pire, toi, tu le feras en silence ! Entendu ! Ainsi soit elle !

Mais chut, redit-elle ! Trop tard, j’en dis déjà trop alors que je sais toujours pas ce que je ne dois pas dire. Ah ! Si, ca y est : je sais …

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Thierry BRAYER
Photo de l’album : Pantin & Calendrier de Gérard Leyne
Modèle : Marie-Cécile Gueguen

Autres sites de Marie-Cécile :
http://www.casting.fr/mariececilegueguen
http://www.myspace.com/mariececile22
http://lesilencedunepage.net


Extrait de

Le Rêve de Guillaume

Nouvelles – 152 pages – 14×21 – 10 €
frais d’envoi : 1€
ISBN : 978 2 9529274 0 6




NET MERGITUR (extrait du roman)

Article écrit le 29 novembre 2007 par Thierry BRAYER
29 11 2007

NET MERGITUR



Le fantasme du Ponts des Arts

Article écrit le 24 novembre 2007 par Thierry BRAYER
24 11 2007

Le pont désire, le pont des airs, le pont des arts. Rien n’est désordre : tout est art quand il est tard, sur le pont jamais désert des arts…

L’Auxerrois de Saint-Germain carillonne pour accueillir la nuit qui se lève faire l’amour au jour qui se couche un peu trop facilement comme une putain, et personne, sur le pont des arts, ne s’étonne de son chant presque faux, presque vrai, devant le Louvre, les pieds dans l’eau, en cette saison parfumée au cartable neuf.

Décidément, ce lieu se cache à ceux qui sont sourds de sentiments et aveugles de désirs. Mais vous, vous êtes celle qui a su s’arrêter avant que les flots ne débordent. Votre visage respire ce doux hale humide alors que les chiens fréquentent les loups, que l’on ne sait plus la couleur des cheveux d’Euterpe et que la rosée se dépose pour la seconde fois sur la main courante du pont des arts. Des violons aux cordes lisses exécutent généreusement le temps qui finit par abdiquer.

Il était temps.

Je vous regarde, quelle insolence ! Mon désir jadis mécanique devient trouble d’émerveillement. Vous voici la Mignonne de mes fantasmes ! J’écris cette minute comme un original. Je jette les bucoliques pour ne garder que vous. Me pardonnerez-vous mon impudence ? Je me transforme en l’avatar de votre choix pour être votre Celui comme je vous veux ma Fabuleuse. Ce soir ne saurait être fluide et caduque.

Puisque vous êtes, alors, laissez-moi être …

Comme l’animal qui vient gagner parce que son appétit est fort, je suis au repos de vos mouvements. Paris est floue autour de vous et tout ce concentre sur ma gourmandise. Au loin, la Tour fait un clin d’œil. Est-ce un signe que vous seule comprenez ?

Il y a mille mondes ce soir, et je ne vois que vous, ici et là, près de moi, ici et là mais pas ailleurs, parmi la foule qui vous rend seule, seule à moi, seule dans mes délires enfantins tout contre votre allure badine.

Il y a mille mondes ce soir : là, un homme qui se grenouille avec une autre cloche, un autre qui se pleure, une bande qui s’époumone, un peintre qui modiglianise une femme presque homme, et ici, un baladin à peine médiocre et un accordéoniste qui stéréotype le lieu aux touristes, c’est si facile et si vil.

Puis, soudain, il ne se passe rien.

Où sont passés les voitures et les bruits qu’elles génèrent ? Où sont les pigeons voyageant toujours trop près ? Où sont les badauds mouches ? Où sont nos envies de crier la Vérité qui se fait attendre ? Où sommes-nous ?

Sur le pont des arts …

Et sur le pont des arts, l’on attend que la vie passe sur les planches que Deauville nous envie. Pourquoi bouger ? Pourquoi s’exciter le corps pour une fuite inexorable et invisible vers un futur qui est peut-être déjà derrière ? Pourquoi ne pas attendre bêtement, même pour une heure seulement ? Pourquoi ne pas s’arrêter de souffler pour juste respirer ?

Un téléphone sonne. Cette nouvelle musique semble naître d’un funeste nuage gris. Pourquoi répondre ? Vos yeux se vident de leur regard sur moi pour se poser dans un vide impraticable. Vous n’êtes plus là. Vous voguez sur des ondes vagues de certitudes et de plaisirs économes. Je vous ferais bien un appel à mon tour mais votre numéro n’est que de charme.

Il y a mille mondes ce soir moins un. Un autre a su vous capter et déjà, vous vous évaporez. Vous me voyez tout à coup mais ne me regardez pas. Vous diminuez alors que vos pas fusent alentour.

Vous étiez un songe, vous voilà une ombre…

Vous étiez mon prochain souvenir, vous êtes déjà mon regret…

Vous étiez mon jour, je n’ai su vous convaincre – l’ai-je finalement désiré ? – et mes pensées naïves et candides ont tardé à vous nourrir. Je me suis tant outré de mes rêves que je ne sais plus marcher et que je sens poindre là une faiblesse que je veux pourtant force.

Réussirai-je ?

Vous serez ma nuit et mon héroïne de fiction. Vous m’appartenez à jamais dans ce monde où je règle les notes les plus fragiles au quart de ton près. Je suis votre définitif repère pour une éternelle randonnée. Je régente mais c’est normal : je suis le maître de mes fantasmes.

Et peu m’importe alors de vous voir revenir ou pas sur le pont des arts, je vous fais déjà vivre et respirer en moi depuis si longtemps…

Vous savez ?



Brigitte, la femme au dos nu

Article écrit le 24 novembre 2007 par Thierry BRAYER
24 11 2007

« Brigitte », tableau de J.-J. MANCARDI

La femme au dos nu se noie dans son ombre. C’est la vie qui bouge autour d’elle, mais elle, elle ne voit rien, sinon sa vie qui se perd dans des pensées infernales. Ses yeux fixent un point quelque part, sur la droite ou sur la gauche, fondu dans ses orages et sa bouche, d’une rougeur affolante, n’ose encore les mots qui la délivreront. Son nez tendre prolonge son front raviné par tous ses désirs. Elle se tient droite alors que les murs tombent, ou le contraire. On n’en sait rien mais une chose est sûre, elle est présente, et peut-être plus que jamais elle n’a pu l’être…

Je ne vois que son dos, subtilement accordé comme un violoncelle, et je ne que peux deviner les cordes lisses, de l’autre coté d’un miroir à l’instant opaque. Sa chambre est son antre : quelle chance ai-je de m’y trouver ? Je ne dis mot, je ne parle phrase, je me silence.

J’espère.

La lumière est prenante : la voilà définitivement calme et offerte à une peau pâlissante et tendre comme un chamallow. Le noir, le blanc et les milles teintes de gris environnent son corps passible. Ai-je déjà dit que j’avais de la chance ?

Elle attend.

Elle est sereine. Rien ne l’oblige à changer son attitude. Elle est libre de vaguer ainsi vers des horizons qui lui sont propres. La Clepsydre a suspendu pour elle ses gouttes océaneuses et ne se verse plus vers l’avenir qu’on lui a dicté. Pourquoi se presser, pourquoi se désimpatienter ? La seconde qui passe est éternelle mais éphémère, c’est bien connu !

Elle attend.

Elle cache à peine ses appâts d’un simple top car elle n’est pourtant qu’un esprit. Elle se gauche de ce qu’elle paraît : elle ne veut qu’être ! Il est grand temps pour elle d’éviter les insidieux et les hébétés, tous ceux aux pensées interlopes et qui clabaudent. Ils ne doivent plus l’importuner, elle l’a décidé. Elle va renaître.

Elle n’attend plus.

Alors, elle prend sa respiration comme pour mieux grandir et gonfle ses probables seins généreux pour insuffler sa nouvelle vie au monde qui ne l’attend pas. Elle fleure la réalité vivante comme une forcenée qui s’évade. Elle pantelle, de peur- sûrement – de gagner. Qui ne serait pas ainsi, à sa place ? Elle va tourner son corps d’un instant à l’autre, d’une minute à l’autre, d’une vie à l’autre, vers la droite sans une once d’hésitation, avec une véhémence guidée par l’unique ordre de sa vie.

Elle hausse la tête et se prépare à pirouetter vers moi, fière et encore timide

Et j’aurai alors pour la première fois, face à mes yeux, ses deux yeux …

 



N.Y.C.

Article écrit le 24 novembre 2007 par Thierry BRAYER
24 11 2007

La première des romantiques aux rues carrées comme des heures,
M’offre sa danse, m’offre ses chœurs.
La première des portes d’un improbable nouveau monde,
M’offre son ventre comme une femme féconde.

Je circule en son île, je respire, je squatte,
Je lisse ses rues jaunes de la gauche vers la droite.
Du nord au sud, je saccade ses avenues citoyennes,
Puis je diagonalise sa large voie de comédienne.

J’arbore sa centralité de verdure si je m’époumone.
Je reprends vie dans son silence qui bouillonne,
Qui me dit tout ce que j’ai à savoir,
Pour naviguer en son corps et son histoire.

Me voici Capitaine d’un vaisseau gigantesque !
Echoué, seul au monde ou presque !
Rassuré, entouré, de mille et une foule,
Comme un ruban qui m’enlace, qui m’enroule.

Elle est pourtant si intime, si fragile,
Si calme puis tempétueuse, si versatile
Mais fière comme un drapeau au vent,
Comme une poitrine de femme-enfant.

Aurais-je ma vie pour la comprendre ?
Ai-je même passé assez de temps à l’attendre ?
Laissez-moi penser que oui !
Laissez-moi penser …

Alors que s’alanguissent les jours et les nuages,
Baisant les buildings sans exhib, sans ambages,
Je ne suis que rampant dans ce presque labyrinthe,
Que je puzzle pourtant de mes chaudes empreintes

Mes empreintes : j’ai foulé cette terre,
De chair, de béton, de soleil et de verre,
Moi, l’infinitésimal rien à l’échelle du Vrai
Voila maintenant que je sais !

Je suis ici, et toi tu es là. Quel est ce destin ?
Adverbes cruels, devenez humains !
Devenez l’un, devenez l’autre, fusionnez-nous !
Que nos moitiés se gonflent en un unique tout !

Je veux sentir ton odeur impertinente,
Ton regard de femelle, ton envie insolente,
Et te voir me prendre en tes bras insolites
Pour m’entraîner au tréfonds de notre coït.

Je saurai patienter pour te reconquérir,
Puisque je sais que tu veux de moi,
Juste mon courage qui se doit de naître,
et les mots pour te conter joliment fleurette.

N.Y.C.
Ce que j’ai tellement rêvé
And I see
Ce que je ne saurai oublier.



IL

Article écrit le 21 novembre 2007 par Thierry BRAYER
21 11 2007

De sa fenêtre, il voit l’autoroute qui défile. Plus exactement, il la regarde. Comme les voitures vont de l’avant, il a l’impression de reculer et reculer, c’est pire que de rester sur place. Il est comme dans un train dans le sens inverse de la marche. Il a mal au cœur mais il fixe intensément cette route qui le provoque, qui l’appelle, lui, scotché à son fauteuil à remplir des dossiers qui vont trouver bientôt place dans une boite d’archives.

Comme lui.

Il a l’autoroute qui le drague comme une sirène et lui, il s’enterre dans la paperasse qu’il déteste. Elle défile. Il se défile. Est-ce facile après tout de se laisser embarquer par cette route égoïste qui fait déjà l’amour à d’autres voitures ? L’odeur ou le parfum – au choix – du bitume traverse la vitre sale de son bureau. Il en prend plein ses rêves, il en prend plein sa vie, il en prend plein son corps mais il ne fait rien pour se réveiller de sa léthargie bureaucratique, maladie incurable, définitive, encore plus que mortelle, se détruisant lui-même à petite flamme, démoli par ses propres envies qu’il n’a le courage d’assouvir. Il ne sent pas mort, pire, il ne se sent pas né.

Il a l’autoroute à dix mètres de lui, il n’a aucune raison de ne pas y aller, il n’a aucune raison de rester ici à griser du papier blanc. Aucune raison.

Et pourtant il reste.

Il reste parce qu’il n’est pas sûr que là-bas soit vraiment un ailleurs de rêve, cet ailleurs qu’il invente parfois, en regardant cette fichue autoroute de sa fenêtre. Il n’est sûr de rien, sinon qu’ici ne lui plaît pas. Alors ? Ne rien faire est déjà s’engager ! S’engager à ne pas être celui qu’il veut être. Quel courage finalement ! Il vit dans la fadeur qu’il s’est créée. A force de se plaindre, se lamenter, de s’auto-suggestionner, de donner raison à Monsieur Coué, rien autour de lui n’a les couleurs qu’il attend. Il a fini par abandonner ses amis, ses copains, ses voisins, ses connaissances pour se retrouver seul et qu’on ne le voit plus, ridicule qu’il est. Pour autant, il n’a pas bougé d’un pas, d’une roue. Il est toujours accroché à son bout de fenêtre, sa lucarne sur la vraie vie, sa lunette vers le soleil, ses jumelles vers le jour, regardant l’autoroute arrogante.

Il pourrait crier mais les voitures et les camions qui le frôlent sont plus bruyants qu’il ne saurait l’être. Il pourrait pleurer mais les carreaux sont déjà humides des brumes matinales. Il pourrait pincer les vitres, hurler de ses poings, briser la glace en cas d’urgence. Il pourrait tout çà et même plus encore mais il garde tout en lui, tout pour lui, égoïste de sa peine qu’il ne sait divulguer et communiquer.

Il ne veut plus être ici, et bientôt, s’il continue, il ne sera même plus ailleurs. Il va perdre son identité et ne devenir qu’un pronom presque impersonnel. Il est son meilleur ennemi. Parfois, il sent qu’il pourrait se battre contre lui mais il perd toujours car il est trop fort. En fin de combat, il ne se serre pas la main et il part en longeant les cordes. Demain, il sera meilleur.

Mais demain n’est pas là, aujourd’hui est trop présent. Par sa faute. Pour le moment, il s’enfonce doucement parce qu’il paraît que dans les sables mouvants, il ne faut pas bouger. Il va se noyer dans ses propres angoisses, ses propres peurs, doucement, tout doucement, sans rien dire à personne, pas même à lui. Une preuve de sa pudeur, une preuve de sa fierté, une preuve de sa bêtise. La bouche ouverte sans qu’un mot n’en sorte, les oreilles tout autant sans qu’un mot n’y entre, le cœur blessé sans qu’une goutte de sang n’en coule, l’âme ouverte comme un livre sans qu’on puisse y lire quelque chose, le voilà nu, et finalement invisible.

Avant de partir, si jamais il part, il voudrait dormir avant de se réveiller, reposer son esprit avant de le solliciter, ralentir avant de foncer, réfléchir avant de parler, il voudrait tant de choses qu’il ne sait demander, qu’il ne sait réclamer, auxquelles il croit avoir droit. Mettre dans son sac à dos en cuir plus que son courage – c’est banal – mais surtout y mettre sa volonté et les quelques années qui lui restent. Et puis si possible, que quelqu’un l’accompagne. Pas quelqu’un qui le suive ou le précède, non, juste quelqu’un qui l’accompagne, à coté, tout prêt, trop prêt, s’il vous plaît. Alors, il se sentirait fort, observé, attendu et responsable. Facile alors de prendre l’autoroute ou un chemin vicinal, il en est sûr. Mais, tel qu’il est, il fait peur, et il n’attire pas. Comme il n’attire pas, il est seul et il a peur.

La ligne droite qu’il attend devient un cercle, un cercle vicieux.

Parce qu’il veut bouger, on le fait s’asseoir. Parce qu’il est créatif, on lui fait suivre des directives. Parce qu’il aime l’amour, on l’en prive. Parce qu’il demande parfois, on lui refuse. Peut-on lui reprocher de se taire alors qu’on lui ferme la bouche ? Voilà un combat peu singulier pour obtenir un bonheur pluriel !

Des tours qui tombent, des enfants qui meurent, des terres qui grondent, des femmes qui pleurent, des fleuves qui inondent et de moins en moins de fleurs, voilà mille raisons de souffrir ! Alors lui, pour une route qu’il n’ose prendre, par respect, il souffre en silence.

Pendant ce temps, les voitures sur l’autoroute continuent leur manège sur une musique monocorde mais mélodieuse. L’une d’elle vient de klaxonner, serait-ce un signe ?